La richesse réelle des nations (extrait), interview de Riane Eisler par Cher Gilmore

Par Le Sage le 30 octobre 2007
Publié dans Dossiers sociaux, La voix de la raison, Nouvelles, Regards sur le monde, Revue Partage international | |

Dans son dernier ouvrage La richesse réelle des nations, Riane Eisler, présidente du Centre américain d’études sur le Partenariat, analyse les problèmes du monde à la lumière de deux valeurs fondamentales et antagonistes : la domination et la coopération. Cher Gilmore l’a interviewé pour Partage international.

Partage international : Vous attribuez la plupart des problèmes de notre monde à la prévalence du schème de domination sur celui de partenariat. Qu’entendez-vous par là ?

Riane Eisler : Mes recherches m’ont montré que nos catégories sociales pratiquement ataviques – religion/laïcité, capitalisme/socialisme, capacité/pauvreté technologiques – sont inopérantes lorsqu’il s’agit d’imaginer quels types d’institutions et quels systèmes de valeur seraient à même de fonder le genre de relations que nous voulons et qui sont essentielles à la survie de notre espèce ; je veux parler du respect mutuel, du sens de la responsabilité et de l’entraide, et de la prise en compte du bien-être des générations futures. Pour répondre à ce genre de question primordiale, il faut une nouvelle grille, qui ne pourra émerger que d’une approche transculturelle et historique qui nous permettra de sortir de l’antagonisme entre domination et partenariat.

PI. Quand et comment avons-nous opté pour le schème de domination ?

RE. C’est une question intéressante. On ne peut reconstruire une histoire digne de ce nom de nos origines culturelles sans sortir soi-même de la mentalité de domination, avec son invariable image de l’homme chef, chasseur et guerrier. Car quand on élargit notre point de vue – en incluant les deux moitiés féminine et masculine de l’humanité – pour examiner les données mythologiques et archéologiques, le tableau devient tout différent. On s’aperçoit que l’ensemble des civilisations se trouvant dans les régions les plus fertiles du globe, où l’on considérait la Terre comme une bonne Mère, allaient dans la direction du partenariat. Dans la direction, parce qu’aucune société n’est construite exclusivement sur un système de domination ou de coopération. La préhistoire occidentale (et les spécialistes asiatiques sont parvenus aux mêmes conclusions) indique que les premières cultures, au début orientées vers le partenariat, ont peu à peu glissé vers le schème domination. Il semble, en tout cas pour l’Occident, que ce glissement date en gros des premières invasions nomades.

PI. Dans votre ouvrage, vous citez les pays nordiques comme des exemples de sociétés orientées vers le partenariat.

RE. Au début du XX e siècle, les pays scandinaves étaient très pauvres. Ils se sont alors orientés progressivement vers le modèle partenarial et ont mis en place des politiques plus sociales qui investissaient, comme diraient les économistes, dans l’amélioration intensive de leur « capital humain ». L’une des raisons de cette réorientation semble intimement liée à l’élévation du statut de la femme, au point que les hommes ne considéraient plus comme une menace à leur virilité d’adopter des traits ou des activités jusqu’alors considérés comme exclusivement féminins. Aujourd’hui, ces nations se retrouvent non seulement avec les meilleurs indices de développement humain, mais également, en tête du classement en matière de compétitivité. Ce qui montre que le social paie. Non seulement en termes humains et environnementaux, mais aussi financiers…

Publié dans la revue Partage international



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