Les conséquences de l’injustice sociale (extrait)

Par Le Sage le 14 mai 2008
Publié dans Dossiers sociaux, Dossiers économiques, La voix de la raison, Les priorités de Maitreya, Nouvelles | |

interview de Jan Pronk par Eva Beaujon

Ses qualités personnelles et ses compétences ont valu à Jan Pronk une estime internationale et des états de service impressionnants, en particulier dans les domaines de l’économie durable et de l’environnement : trésorier de la Commission Brandt (1979-1982), secrétaire général adjoint de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) de 1980 à 1986, envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu au Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg (2002) et, dernièrement, représentant du secrétaire général au Soudan et chef des opérations du maintien de la paix (2004-2006).

Membre du parti néerlandais, outre des mandats de député, il a occupé plusieurs postes ministériels. Il enseigne actuellement la théorie et la pratique du développement international à l’Institut d’études sociales de La Haye.

Eva Beaujon l’a interviewé pour Partage international.

 

Partage international : Les diverses études sur le suivi des Objectifs de développement du millénaire (ODM) laissent toutes présager qu’ils ne seront pas atteints d’ici 2015. Vous avez déclaré que l’extension de la pauvreté dans le monde, ainsi que l’augmentation des inégalités entre riches et pauvres viennent principalement du succès de la mondialisation…

Jan Pronk : L’augmentation des inégalités est un fait. L’ensemble des indicateurs ne laissent aucun doute sur ce point. Le problème vient principalement de ce que dans la mondialisation telle qu’elle se fait actuellement, tout tourne autour du marché mondial. C’est pour cela qu’elle favorise une partie de la population, au détriment de l’autre. Les uns voient leur fortune s’agrandir à une vitesse accélérée pendant que les autres sont précipités toujours plus vite dans la misère et la marginalisation. Ils sont pratiquement condamnés à vivre dans une errance sans fin, à quitter leurs pays pour tenter de s’installer dans des régions vulnérables, à peine viables d’un point de vue environnemental car peu à peu asséchées par les changements climatiques. Nos sociétés refusent à ceux d’entre eux qui viennent chez nous sans papiers le droit de s’installer. L’aggravation des pénuries en eau, en ressources énergétiques et en terres cultivables engendrera automatiquement un climat de luttes pour avoir accès à ces ressources devenues rares. Les premiers arrivés se les approprieront et les défendront chèrement – ce qui ne fera qu’accroître encore plus les inégalités.

La question ne porte plus sur les inégalités entre les très riches et les très pauvres, comme c’était le cas dans les premières étapes du capitalisme. Car celui-ci s’est, pour ainsi dire, « démocratisé », de sorte que nos sociétés se divisent aujourd’hui en deux couches, l’une richissime, et l’autre constituant, sur l’ensemble de la planète, une vaste « classe moyenne ». Et l’une comme l’autre sont les grandes bénéficiaires de la situation. La plupart des habitants des pays occidentaux en font partie, à quelques exceptions près ; c’est pourquoi les citoyens ordinaires partagent en partie la responsabilité des plus riches. Personne n’est coupable, mais tout le monde est responsable.

L’article dans Partage international



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